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Le sénateur Moïse Jean-Charles
l'appelle le « vote de la honte » et
« un scandale ».
Le 10 avril, 19 des 30 sénateurs haïtiens ont
approuvé les qualifications techniques de Laurent Lamothe, le
candidat au poste de Premier ministre du président Joseph Michel
Martelly, malgré les questions et objections véhémentes
soulevées au cours d'une session houleuse à la fin de la soirée
précédant le vote.
Une commission d'enquête spéciale du Sénat en
train de scruter la présomption de la double nationalité
illégale de Lamothe, de Martelly et de plusieurs autres hauts
responsables du gouvernement haïtien a recommandé que le
candidat ne peut être approuvé en raison des indications qu'il
n'avait pas satisfait aux exigences constitutionnelles en
matière de nationalité, de résidence et de paiement ponctuel des
impôts.
Mais le sénateur pro-Martelly Wenceslas Lambert a rejeté de
telles questions, vigoureusement soulevées par Jean-Charles et
son collègue le sénateur Stephen Benoît, comme de simples «
détails ».
Une autre commission spéciale du Sénat a examiné si Lamothe
satisfait aux exigences juridiques pour devenir le deuxième
Premier ministre de Martelly, suite à la démission forcée de
Garry Conille le 24 février. Cette commission a été
confectionnée avec des sénateurs pro-Martelly, dont beaucoup
portent des bracelets roses (couleur officielle de la campagne
de Martelly), et il n'est pas surprenant qu’elle a recommandé
que le candidat soit approuvé.
Six sénateurs ont quitté au moment du vote en signe de
protestation. « Je suis resté pour voter "non" parce que je
voulais voir nos arguments sur les carences évidentes de
qualifications de M. Lamothe enregistrés pour l’histoire, »
a dit le sénateur Jean-Charles à Haïti Liberté. « J'ai
été vraiment choqué par la trahison de certains principes par
certains sénateurs, en particulier Joël John Joseph et Maxime
Roumer. »
Le sénateur Jean-Charles a expliqué à Haïti Liberté
comment le sénateur Joseph avait fait semblant de collaborer
avec lui dans un effort pour empêcher l'approbation de Lamothe.
« Mais alors, après avoir élaboré en sa compagnie des
stratégies, à chaque instant je le voyais aller chuchoter à
l'oreille du sénateur Joseph Lambert», un des plus grands
alliés de Martelly au Sénat, de dire Jean-Charles. « Quand je
lui ai demandé ce qu'il disait à Lambert, il a juste affirmé que
c’était seulement les questions de procédure. »
« Imaginez ma surprise de voir le sénateur Joseph lever la
main au moment où le vote sur les qualifications de Lamothe est
finalement arrivé, » a déclaré Jean-Charles, en secouant la
tête. « Beaucoup de sénateurs ont vendu leur âme parce que
Lamothe leur a offert de l'argent et des emplois dans le service
diplomatique haïtien pour leurs épouses, petites amies (menaj),
ou des cousins. »
Lamothe est toujours en Haïti ministre par intérim des
Affaires étrangères.
Selon une autre source bien placée, pour son «oui» le
sénateur Derex L. Pierre-Louis, qui représente le département du
Nord-Est pour le parti Inite de l'ancien président René Préval,
s’est vu promettre des emplois au département des Affaires
étrangères pour 15 membres de sa famille, dont trois de ses
enfants, dont deux vivent en République dominicaine. Un fils du
sénateur Pierre-Louis agit déjà en tant que chef de la sécurité
de Lamothe.
Le sénateur Jean-Charles, qui a rencontré Haïti Liberté
au cours d'une brève visite cette semaine en Floride, a
déclaré que, en échange de leurs votes, certains sénateurs ont
reçu des enveloppes d'argent liquide, dont certaines contenant
100 000 dollars, d'autres 120 000 dollars. Ce n'était là que le
premier de deux versements.
« Le président du Sénat [Simon Dieuseul] Desras a appelé à
un autre vote sur le budget après le vote sur Lamothe, » a
dit le sénateur Jean-Charles. « Seuls trois sénateurs non
corrompus se sont présentés pour ce vote parce que le deuxième
versement de l'argent pour les sénateurs corrompus n'était pas
encore disponible.»
Une des plus grandes surprises pour le sénateur Jean-Charles
aura été quand le sénateur Jean Maxime Roumer, qui représente le
département de la Grand’Anse pour l’Inite, a voté pour approuver
Lamothe. « Voici un gars qui prétend être un communiste, que
je connaissais il y a des années quand j'étais un militant de
l'Assemblée populaire nationale [APN], » a déclaré
Jean-Charles. « Comment peut-il justifier la vente de ses
principes en votant pour Lamothe? »
Selon Jean-Charles, au cours de la session, le sénateur
Desras a fait passer une note sarcastique au sénateur Roumer en
disant qu'il donnerait un bracelet rose à Roumer à la suite de
la session. Après le vote, Roumer froissait le morceau de papier
et le lançait à Desras, le frappant sur le côté droit de son
visage.
« Kolanget manman ou! (Va te faire foutre!) » a crié
Roumer en créole à Desras, selon Jean-Charles.
Une commission spéciale de la Chambre des députés est en
train d'examiner 59 documents qui lui ont été soumis par Lamothe
le 23 avril. Elle a annoncé qu'elle émettrait sa recommandation
dans deux semaines.
Les enjeux politiques au Sénat haïtien sont en passe de
monter plus haut. Le 14 mai, les mandats de 10 sénateurs
arrivent à échéance, y compris ceux de deux alliés clés de
Martelly: Joseph Lambert et Youri Latortue. Comment cela
affectera les calculs et les stratégies des différentes forces
politiques dans les semaines à venir reste à voir. Mais une
chose est claire: au Sénat d'Haïti au moins, l'argent parle. |